Dans les cas de violence excessive individuellement pratiquée par un policier ou un gendarme, lors d’une opération de maintien de l’ordre, on parlait couramment de “bavure”. Le Canard Enchainé en voyait partout, et tournait ce terme en dérision…
Longtemps, les ministres de l’intérieur, comme l’ensemble de la classe politique, extrême gauche exceptée, récusait le terme de “violence policière”. Aujourd’hui, au sein même du gouvernement d’Emmanuel Macron, il se trouve des ministres pour l’employer et s’en justifier (Pap Ndiaye, ministre de l’Education nationale).
Quand aux médias, l’affaire est entendue : que ce soit le 1er mai ou à Sainte-Soline, les violences auraient été principalement du coté des CRS et des gendarmes mobiles, et, accessoirement, du coté des casseurs black-blocks….
Cette évolution sémantique parait aujourd’hui très avancée. Elle est très grave, et inquiétante pour l’avenir
1) Notre magazine mensuel L’Essor de la Gendarmerie, depuis 87 ans, s’adresse à la communauté des gendarmes : les actifs, les réservistes, les retraités, les familles, leurs amis…
Depuis plusieurs années, chaque mois, nous interrogeons nos lecteurs sur une question d’actualité. La question mise en ligne le 2 mai était la suivante :
- Des voix s’élèvent pour considérer que gendarmes et policiers auraient fait un usage "excessif" de la force lors de la mobilisation contre la réforme des retraites, ou lors de la manifestation du 25 mars contre les méga-bassines à Sainte-Soline. Êtes-vous d’accord ?
Surprise, compte tenu de notre public habituel : beaucoup de réponses, dès le premier jour de mise en ligne de la question (713 à ce jour) ; une grande majorité de réponses positives (69% à ce jour) ; et afflux manifeste de répondants extérieurs à notre lectorat habituel, qui ont d’ailleurs laissé des commentaires très significatif de leurs préférences politiques, du genre “ACAB” acronyme de “all cops are bastards” (slogan anti-police popularisé durant la grève des mineurs britanniques de 1984-1985).
En tout cas, le dépouillement (en cours) des 283 commentaires déjà enregistrés permet d’affirmer que cette question sur le supposé usage excessif de la force par nos FdO (forces de l’ordre) déchaine de vives passions !
2) La lecture attentives des journaux, l’écoute des radios er des télévisions, le parcours des réseaux sociaux confirment facilement que désormais le terme “violence policière” est bel et bien passé dans le langage courant.
Wikipedia en donne sa définition… France info en tient la chronique… Amnesty international en fait le thème de sa dernière campagne d’appel aux dons…
Heureux contrepoint : l’Assemblée nationale vient d’adopter (sans la Nupes…) la création d’une commission d’enquête sur les groupes de casseurs violents, à l’origine de toutes ces violences, réelles, qui atteignent parfois des degrés dignes d’une guerre civile, et qui tous sont bel et bien déclenchées par des éléments décidés à en découdre qui viennent se fondre au sein de manifestants parfois énervés mais pourtant non-violents…
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