Kessel

Emmanuel Macron fait la promotion de la police de proximité... pour les zones rurales reculées.

Le 2 octobre 2023, Emmanuel Macron annonce, outre 93 nouvelles brigades territoriales de gendarmerie, l’envoi de 145 brigades mobiles dans les zones rurales reculées. Les banlieues émeutières attendront…


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1) Un nouveau sondage d’ELABE pour BFMTV,

Ce document, publié hier mercredi 4 octobre, indique que les femmes (68%), les habitants des grandes agglomérations et de l’agglomération parisienne (64%) et les Français qui éprouvent des difficultés à boucler leurs fins de mois (66%) sont particulièrement nombreux à être inquiets pour leur sécurité. La moyenne, en légère baisse, s’établissant à 61% des Français se déclarant être de temps en temps ou souvent inquiets pour leur sécurité.
Selon cette étude, la confiance dans la Police, la Gendarmerie et l’armée reste élevée. 71% des Français déclarent avoir confiance dans la Police (stable depuis le 4 juillet dernier), contre 28% pas confiance. Le niveau de confiance dans la Gendarmerie est de 78% (-2) et dans l’armée de 83%. En revanche, la défiance est majoritaire à l’égard de la justice (61% pas confiance) et progresse (+4).
(Sur ce dernier point, cette étude confirme largement l’étude réalisée pour nous par l’Ifop, que nous tenons à la disposition de tout donateur, même modeste….)

2) L’édito de la semaine :
Pour Macron, la police de proximité serait adaptée en zone rurale, avec des gendarmes, mais pas en ville, avec des policiers… 

Le 10 janvier 2022, le candidat Macron promet la réalisation de 200 nouvelles brigades de gendarmerie. Le 2 octobre de l’année suivante, il en confirme 93, et y ajoute 145 brigades mobiles.
Jusqu’à présent les brigades «de contact» - patrouilles mobiles déployées par certaines compagnies - n’étaient pas comptabilisées comme des unités à part entière. Le faire pour leurs nouvelles petites sœurs, dites «mobiles» relève, pour une part, d’un tour de passe-passe, pour les besoins d’une communication politique présidentielle.
Cette remarque étant faite, saluons ce moment historique où «la blanche» va récupérer 93 nouvelles implantations - sous réserve du vote, pendant cinq ans, des crédits nécessaires, par le Parlement - après en avoir perdu 500 sur les 15 dernières années.
Mais comment interpréter l’ajout de ces 145 brigades «mobiles» ?
Pour tout un chacun, une brigade c’est une brigade, et chacune en vaut une autre. Mais pour les gendarmes, c’est autre chose.
Pendant 300 ans, ils n’ont connu que des brigades «en dur», où ils vivent en caserne, avec leurs familles. C’est le modèle de la police de proximité, à la mode gendarmique, c’est à dire résidentielle.
Toute autre forme est succédanée : et d’ailleurs, jusqu’à présent, pour la quarantaine déjà expérimentée (dites «de contact»), elles ne sont pas comptabilisées comme des unités à part entières.
Ce qui ne veut pas dire qu’elles sont inutiles, au contraire ! Mais les faire passer pour de vraies brigades, au même titre que les 3.049 existantes à ce jour, est un abus. Et même un oxymore : si, pour les gendarmes, leurs brigades ne peuvent être que «fixes», parler de brigades «mobiles» serait une alliance de mots contradictoires !
Dans la foulée de la parole présidentielle, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a dit que ces nouvelles brigades «mobiles», étaient un élément important de sa stratégie, en matière de sécurité publique, de «l’aller vers».
C’est très bien d’aller davantage vers les populations, pour les renseigner, répondre à leurs questions, et, si besoin, enregistrer leurs signalements, voire leurs dépôts de plainte.
Mais ce qui est encore mieux, pour une vraie police de proximité, c’est de faire de la prévention, et d’être sur le terrain, avant même la commission de quelque fait de délinquance que ce soit. Afin, si possible, non pas d’arrêter les voleurs, mais de faire en sorte qu’il n’y ait pas de voleur, selon l’expression osée il y a quelques mois par le directeur général de la Gendarmerie lui-même !
La population, y compris la minorité délinquante, saura toujours faire la différence entre une police de proximité résidente, ou éphémère. Le Président et son ministre de l’Intérieur ont raison de vouloir et de promettre «plus de bleu» sur le terrain. Mais reconnaissons qu’une patrouille qui passe, et une patrouille qui reste, qui réside là, à quelques pas, ce n’est pas la même chose…
Ici, Rue Bleue, nous sommes attachés au modèle résidentiel de nos brigades territoriales de Gendarmerie.
En multipliant ses brigades «mobiles», la Gendarmerie, sur ce point, se rapprocherait de la police de proximité telle qu’entendue parfois du côté de la Police nationale. Ce qui, en zone Police, ne serait qu’un pis-aller.
En matière de police de proximité, le modèle résidentiel de la Gendarmerie a fait ses preuves. Il faut le conserver. Et, si possible, proposer de l’étendre, sous une forme ou une autre, à l’ensemble du territoire, alors qu’en zone Police avec ses quelque 665 commissariats, la police a semblé déserter les quartiers, en particulier les plus récents et les plus sensibles.
On peut d’ailleurs s’interroger : pourquoi y a-t-il moins de bleu qu’autrefois sur le terrain ?
Pour plusieurs raisons, et au moins deux : les 35 heures (et plus généralement l’application aux policiers et aux gendarmes des lois limitant le temps de travail, réglementant les temps de repos) ; l’informatique, puis le numérique, à la fois sources d’efficacité, mais aussi impliquant davantage de présence au bureau, devant son ordinateur, sa tablette ou son smartphone. Ce sont les externalités négatives du progrès : on gagne du temps et de l’efficacité, mais la présence du bleu sur le terrain en souffre. A Paris, avant les feux tricolores et les caméras de surveillance, il y avait du bleu partout.
Comme il ne s’agit pas de revenir à la lampe à pétrole, la question est : a-t-on les moyens de remettre du bleu partout, de façon permanente, sous une forme résidentielle, sur le modèle des brigades territoriales de Gendarmerie, les vraies, les fixes, pas les «mobiles» (déjà appelées «gend trucks» par les gendarmes, comme on parle de «food trucks»…) ? 

 L'avenir de la sécurité au quotidien appartiendra à la Gendarmerie en zone rurale et aux polices municipales en zone Police nationale.

La vérité, cruelle, est que l’Etat-providence version 2023 n’en a tout simplement pas les moyens!
Mais, comme la demande de sécurité est de plus en plus pressante, il est facile de deviner ce qui va se passer : la police de proximité, plus ou moins résidentielle, sera de mieux en mieux assurée par les polices municipales, encadrées par les policiers nationaux et les gendarmes, avec des pouvoirs de plus en plus étendus et des équipements de plus en plus perfectionnés.
C’est d’ailleurs ce qui est à l'œuvre depuis quarante ans, avec un doublement des effectifs des polices municipales tous les 20 ans (6000 en 1980, 14000 en 2004, 26000 en 2023…) et, peu à peu, des responsabilités de celles-ci de plus en plus élargies.
Depuis toujours, les maires, sous le contrôle des préfets, disposent d’un pouvoir général de police administrative. La tranquillité publique leur incombe. Avec leurs polices municipales - dont les effectifs dépassent déjà ceux de la Police nationale dans certaines communes - les maires, y compris ceux qui y résistent, deviendront demain les acteurs principaux de la police de proximité.
Alain Dumait

 

3)  Quelques informations importantes, en bref (avec liens)

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"La Sécurité est un droit (Rue Bleue)"

Par nicolas leregle

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