Kessel

Fusillade du samedi soir sur un point de deal à Villerupt (Meurthe-et-Moselle) : cinq personnes blessées. Mais que fait la police ?

Le trafic de drogue à ciel ouvert était connu de tous. Pourtant, cette ville de plus de 10.000 habitants n'était dotée, au moment des faits, d'aucun policier.

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Pierrick Spizak, maire PCF de Villerupt: "La réponse doit venir de plus haut, l'État nous abandonne"Pierrick Spizak, maire PCF de Villerupt: "La réponse doit venir de plus haut, l'État nous abandonne"1. Pour commencer un petit rappel des faits :

Nous sommes le samedi 13 mai 2023, un peu après 18 heures. Un homme encagoulé ouvre le feu avec, sans doute, un pistolet-mitrailleur, avant de prendre la fuite à bord d'un véhicule. "Il y a cinq victimes, quatre hommes et une femme. Trois personnes sont grièvement atteintes, dont deux avec un pronostic vital engagé. Parmi les blessés, il y a une personne mineure, et le plus âgé est un trentenaire", a très vite déclaré à l'AFP la procureure de la République de Val-de-Briey, Catherine Galen.
La scène s’est passée devant plusieurs témoins, à Villerupt (Meurthe-et-Moselle), commune d’un peu plus de 10.000 habitants proche de la frontière avec le Luxembourg. Sur “un point de deal” bien connu des autorités et des riverains, sis à quelques dizaines de mètres d’un petit poste de police (nous sommes en zone police, deux fonctionnaires aux heures ouvrables sont là pour enregistrer des plaintes…). A 70 mètres de la mairie, à 100 mètres d’une crèche publique.
Sur place, des traces de sang et une vingtaine de cartouches. Une enquête de flagrance est ouverte, confiée à la Direction territoriale de la police judiciaire (DTPJ) de Metz. Le parquet de Val-de-Briey, non compétent pour ce type de faits, se dessaisit de l'enquête au profit du parquet de Nancy.
Au petit matin, les habitants se sont réveillés groggy. Les prix des stupéfiants sont encore écrits sur les murs : 80 euros le gramme de cocaïne, 60 euros les 10 grammes de "shit" (résine de cannabis), 80 euros pour la "beuh" (fleurs de cannabis)
"Dernièrement, les trafiquants sortaient les chaises de camping, ils posaient les balances pour peser la drogue sur les fenêtres de nos services techniques", déplore auprès de l'AFP le maire, Pierrick Spizak (PCF), âgé de 35 ans. "Ce qui est arrivé, on pouvait malheureusement s'y attendre, et ce n'est pas faute d'avoir alerté".
L'auteur présumé de la fusillade de Villerupt a été interpellé deux jours plus tard, lundi 15 mai, dans cette petite ville de Meurthe-et-Moselle proche des frontières luxembourgeoise et belge: il s'agit d'un multirécidiviste au lourd passé judiciaire.

Il a été interpellé à 06h05, à proximité du domicile de ses deux frères", et placé en garde à vue, a précisé le procureur de la République de Nancy, François Capin-Dulhoste, chargé de l'enquête. Il a été présenté mercredi 17 mai devant un juge et une information judiciaire a été ouverte, du chef de "tentatives d'assassinat", notamment, a annoncé le parquet de Nancy.

2. J’ai personnellement interrogé la mairie de Villerupt

La mairie m’a confirmé qu’au moment de la commission des faits, comme d’ailleurs plus habituellement, il n’y avait strictement personne sur le terrain. Bien que la commune dispose d'un petit commissariat de police, (qualifié de "subsidiaire" par les syndicats de police locaux eux même, tant il est dépourvu de personnels), le commissariat de police principal, compétent pour une circonscription de 70.000 habitants, est à Longwy, à 20 kilomètres de là. Ses effectifs ont été réduits d’un tiers depuis deux ans.
Ainsi le jour des faits, comme l'explique à France 3 le syndicat Unité-SGP-Police-FO, une patrouille de trois fonctionnaires était en service sur le secteur de Longwy, et une seconde sur le secteur de Villerupt, avec seulement deux policiers. Une micro brigade des stupéfiants existe bien, mais avec deux personnels dédiés, elle est en permanence débordée. Pas non plus de brigade anti-criminalité (BAC), et pas de groupe de surveillance de proximité (GSP) pour aller dans les "quartiers" où les policiers ne vont plus, dixit les syndicats. Onze postes de fonctionnaires de police ont été récemment promis. Mais là encore, problème, car ils n'attirent pas de candidats.`
En parallèle, la police municipale de Villerupt est dotée de deux postes de policiers, dont un est en arrêt longue maladie, ainsi que de deux ASVP (agents de surveillance de la voie publique).
A noter : le maire, Pierrick Spizak (PCF), et sa majorité municipale, ont toujours été réticents à l’idée d’étoffer leur police municipale, et, conformément à la ligne du parti communiste, refusent toute dotation en armes létales.

3. Au-delà de l’émotion bien compréhensible provoquée par ce drame, on est surpris d’entendre “qu’il fallait s’y attendre”, “qu’on s’y attendait”, “que cela devait arriver”.

Il ne s’agit pas ici de chercher à établir des responsabilités : Justice, Police nationale, élus, associations y ont sans doute leurs parts.D’autant que le même jour, samedi 11 mai, des scènes du même calibre se déroulaient à Calais, à Valence, à Marseille, à Paris, et sans doute encore ailleurs !
Mais le constat est toujours le même : pas de véritable police de proximité, présente et vivant sur place, patrouillant à pied ou en vélo, en uniforme, en relation directe avec la population et en particulier les commerçants ! Il faut pallier partout à cette absence : car dénombrer les points de deal (près de 4.000 en France, selon le ministère de l’Intérieur), et même les observer de loin avec des caméras, ne suffira jamais ! Et qu’importe, pour les riverains, si ces policiers portent l’uniforme de la PN, de la GN ou de la PM !
J’entends déjà les objections : “on peut pas tout faire” ; “mieux quadriller les territoires demanderait des moyens beaucoup plus importants”.
C’est vrai ! Mais il n’y a pas d’alternative. Et, s’agissant de la sécurité publique, la prévention des crimes, des délits, et même des incivilités réduirait beaucoup le coût des investigations, et des parcours judiciaires.

On dit que les anciens Chinois payaient leurs médecins à la condition de rester en bonne santé. Sur l’espace public, la prévention au plus près des citoyens coûterait sans doute moins cher que notre système français actuel, fondé sur le primat de la police judiciaire, qui intervient après la commission des faits, plutôt qu’avant.

Alain Dumait

Ensuite, quelques informations importantes, en bref (avec liens)

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"La Sécurité est un droit (Rue Bleue)"

Par nicolas leregle

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