Kessel

Pour les forces de l'ordre, retrouver partout la confiance des populations serait plus efficace que d'obtenir un statut plus protecteur...

Les dernières semaines ont été marquées par la mise en examen de plusieurs policiers, avec incarcération préventive, puis les protestations de l'ensemble des personnels de ce grand service public, avec une revendication avancée par leurs syndicats et soutenue par leur hiérarchie. Rue Bleue donne son avis.

Nous sommes le jeudi 17 aout 2023. 
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Madame, monsieur, 

Vous trouverez, cette semaine :

- D’abord le suicide d’un policier du Val-de-Marne. Et de deux autres… ;
- Puis un court éditorial sur la grogne des policiers et leurs revendications ;
- Puis quelques informations importantes et significatives.

Bonne lecture ! (Et à la semaine prochaine…)

A- Encore trois suicides de policiers…

Le mercredi 9 août, un policier s'est suicidé avec son arme de service dans les locaux du commissariat de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) où il travaillait. Le corps de cet homme de 37 ans a été découvert par ses collègues vers 10h30, a précisé le parquet. Père de deux jeunes enfants, le fonctionnaire de Police travaillait au sein d'une brigade technique, a encore indiqué la même source qui précise que l'homme revenait d'un congé paternité. "A ce stade des investigations, ce geste ne serait pas en lien avec le contexte professionnel", a déclaré le parquet.
Un policier de la brigade anti-criminalité du commissariat de Soissons s'est suicidé ce dimanche 30 juillet, à son domicile, a appris France Bleu Picardie, confirmant une information d'Actu17. Une enquête a été ouverte.
Un policier de 55 ans a mis fin à ses jours, vendredi 28 juillet, dans l’enceinte du lycée Cantau à Anglet (Pyrénées-Atlantiques). Le quinquagénaire était engagé en tant que CRS à la compagnie CRS-13 de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), affectée à la sécurité des fêtes de Bayonne.
Au 1er août, 19 policiers se sont suicidés contre 33 à la même période de 2022 et 23 à la même période de 2021, selon des données de la Police.
Au total, 46 policiers se sont donné la mort en 2022 et 35 en 2021.
(Rue Bleue présente aux familles de ces policiers décédés ses sincères condoléances et adresse à leurs proches de très cordiales salutations)
Chez les gendarmes, depuis le 1er janvier 2023, et selon les comptes tenus par L’Essor, quatorze militaires ont mis fin à leurs jours…


B- L’éditorial d’actualité de la semaine

Les faits
L'incarcération du policier marseillais soupçonné d'avoir blessé Hedi, un jeune homme de 21 ans, dans la nuit du 1er au 2 juillet, après celle du policier mis en examen pour avoir tué Nahel M., 17 ans, à Nanterre fin juin, a déclenché une fronde dans une partie de la Police.
Ces deux policiers sont toujours maintenus en détention.
On sait aussi que, dans les deux cas, ce sont les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, permettant à certains de mettre en doute la version des policiers, qui ont été le point de départ d’une polémique entretenue jusqu’à ce jour.
Pour éviter que la fièvre monte, et paralyse la Police nationale, avec ses 150.000 personnels, et dès le dimanche 23 juillet, sur le site du journal Le Parisien, le directeur général de la Police nationale Frédéric Veaux dit souhaiter la libération du policier de la BAC de Marseille incarcéré. Il ajoute : « le savoir en prison m'empêche de dormir ». Le texte de cette interview avait été soumis au ministre de l’Intérieur.
Dans la foulée, M. Laurent Nuñez, préfet de police de Paris, tient des propos identiques.
Les fonctionnaires de police ne disposant pas du droit de grève, à Marseille, à Paris, et dans plusieurs autres villes, une vague d’arrêts de travail est bientôt constatée par la hiérarchie. Les représentants syndicaux, qui s’expriment largement sur toutes les télévisions, parlent de « grande fatigue »… Ceux qui ne sont pas en arrêt utilisent le « code 562 », élément du jargon policier signifiant qu’un fonctionnaire se déclare « en pause ».
Une revendication précise émerge : la modification de l’article 144 du code de procédure pénale relatif à la détention provisoire. Il est ainsi demandé qu’un statut dérogatoire spécifique soit accordé aux policiers, afin qu’ils soient, de par leur fonction, non visés par la loi.
Le ministre Gérald Darmanin, qui minimise le mouvement de grogne (« moins de 5% des effectifs ») approuve cette revendication.
L’affaire devient politique : les syndicats de magistrats font des déclarations hostiles à la proposition de leurs collègues policiers. Un clivage divise les partis politiques. Le président Macron reste sur les hauteurs : « nul n’est au-dessus des lois »….

L'opinion de Rue Bleue
1) Si le taux de syndicalisation des fonctionnaires de police est si élevé, de l’ordre de 90%, c’est pour trois raisons :
- privés du droit de grève, tenus de faire preuve de mesure et de retenue dans leurs expressions écrites ou orales, nos policiers s’en remettent aux syndicats pour les défendre ;
- Ceux-ci, nombreux, sont en concurrence permanente ;
- Les policiers s’estiment bien défendus par eux.
2) Il est aussi dans l'intérêt des policiers d’être soutenus par l’opinion et la population, de façon générale et en particulier celle des quartiers difficiles.
La côte d’amour des policiers n’est pas mauvaise (en février 2023, 81% des Français disaient avoir une bonne opinion des policiers ; c’était 87% pour les gendarmes… Etude Ifop pour L’Essor de la Gendarmerie). Mais on est aujourd’hui loin des sommets atteints avec « je suis Charlie », en janvier 2015…
3) Là où la confiance police/population s’est dégradée, il faut tout faire pour la retrouver.
Ce sera un travail difficile et de très longue haleine.
Le seul moyen d’y parvenir, selon nous, est que les policiers, avec leurs syndicats, se convertissent eux-même au concept d’une vraie police de proximité, pour tous et partout.
On en est loin ? Je remarque que le parti communiste vient de s’y convertir…

PS. : Je me permets de conseiller à mes amis policiers, et à leurs syndicats, d’être méfiants à l’égard de toute revendication d’un statut professionnel particulier et plus protecteur pour eux que pour tout un chacun. Avec leur passion bien connue pour l’égalitarisme, les Français toujours, un jour ou l’autre, dénoncent tout statut particulier. Celui des parlementaires… Celui des journalistes…

Alain Dumait

C- Quelques informations importantes, en bref (avec liens)

Citation : 
🟥"La hiérarchie et le ministre ont mis 15 jours à rappeler à l'ordre les policiers fraudant la sécurité sociale. On va voir maintenant qui a le dernier mot", a écrit sur X (ex Twitter) Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise). "Epreuve de force politique. La République va-t-elle gagner?", a-t-il ajouté…

Police nationale
🟥 La CRS 8 à Marseille. Gérald Darmanin a annoncé jeudi 17 août l'envoi à Marseille de la CRS 8, une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, alors que la cité phocéenne est en proie à des luttes sanglantes pour le contrôle du trafic de stupéfiants.
Depuis le début du mois d'août, huit personnes ont été tuées par balles dans cette ville. Au total, selon le dernier décompte de l'AFP, 36 personnes ont perdu la vie dans la deuxième ville de France depuis le début de l'année sur fond de trafic de drogue. Soit davantage, en à peine huit mois, que les 31 morts par balles "liés aux stups" recensés par la préfecture de police des Bouches-du-Rhône pour l'ensemble de 2022…


🟥Trois policiers du Raid ont été mis en examen jeudi 10 août (une première…), à Marseille, pour "violences avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner" et placés sous contrôle judiciaire dans l'enquête sur le décès d'un homme de 27 ans lors des émeutes début juillet. Ils sont interdits de "rentrer en contact avec les parties civiles" et de participer en tant que policiers "à des interventions concernant des violences urbaines et de grands événements sur la voie publique", a indiqué le Parquet dans un communiqué.
Dans la nuit du 1er au 2 juillet, alors que le centre de Marseille était en proie à des dégradations et pillages, Mohamed Bendriss, 27 ans, avait perdu la vie après un malaise alors qu'il circulait à scooter. Il est le seul mort imputé aux forces de l'ordre à ce jour pendant cet épisode de violences urbaines qui s'était déclenché dans plusieurs villes de France et sur plusieurs jours à la suite du décès du jeune Nahel, tué par un policier lors d'un contrôle routier à Nanterre fin juin.
Lors de l'autopsie du corps de cet homme marié, père d'un enfant et dont la veuve attend un deuxième enfant, avait été repérée sur sa poitrine la trace de ce qui semblait être l'impact d'un tir de LBD.

La Gendarmerie nationale
🟥 IGGN. Le magistrat
Jean-Michel Gentil, actuel numéro deux de l'Inspection générale de la Gendarmerie nationale (IGGN), a été nommé numéro un de cet équivalent pour la Gendarmerie de l'IGPN, "la police des polices", selon un décret au Journal officiel. M. Gentil succède à compter du 1er août 2023, et pour une durée de deux ans, au général Alain Pidoux qui dirigeait l'IGGN, selon un décret du président Emmanuel Macron publié au JO mardi 1er août. C'est la première fois qu'un magistrat prend les rênes de l'IGGN.
L'Inspection générale de la Police nationale (IGPN) a elle-même pour cheffe une magistrate, Agnès Thibault-Lecuivre, depuis juillet 2022. Elle était jusqu'alors dirigée par des policiers. L'idée de nommer à la tête de l'IGPN une personnalité indépendante de la Police avait été évoquée en novembre 2020 par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, alors que le débat sur l'indépendance de cette institution était revenu en force après une série de violences policières. A l'époque, M. Darmanin avait souhaité qu'il en soit de même pour l'IGGN. En septembre 2022, Jean-Michel Gentil avait intégré l'inspection gendarmesque comme numéro deux.
(Lire aussi : Une magistrate, nouvelle conseillère justice du directeur général de la Gendarmerie )

Maintien de l'ordre
🟥 Reprise des manifs des écologistes radicaux. Cinq mois après les violents affrontements entre manifestants et forces de l'ordre à Sainte-Soline, les opposants aux "bassines", ces réserves pour l'irrigation agricole, lancent vendredi 18 août un convoi itinérant, en format réduit, au départ des Deux-Sèvres avant une manifestation à Paris.
(Lire aussi : Les collectifs écologistes activistes annoncent la reprise des mobilisations « massives et déterminées »)

🟥 "Les Soulèvements de la terre" remportent une première victoire dans leur bras de fer avec le gouvernement : leur dissolution a été suspendue vendredi 11 août en référé par le Conseil d'Etat, qui a jugé insuffisants les éléments apportés par le ministère de l'Intérieur, avant de rendre une décision définitive "vraisemblablement à l'automne".

C'est tout pour aujourd'hui…
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A la semaine prochaine.

 





"La Sécurité est un droit (Rue Bleue)"

Par nicolas leregle

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